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Einstein : la relativité des connaissances
De toute évidence, les grands savants, auteurs de théories originales, ne peuvent être indifférents à la réflexion philosophique. Einstein ne se distingue pas des autres, nous le constatons notamment lorsque nous faisons la lecture de son ouvrage Comment je vois le monde. Il nous livre alors un ensemble de sages réflexions sur le monde, les devoirs des scientifiques et des politiques. Il aimait à dire, par exemple, à propos des richesses :
“Toutes les richesses du monde, fussent-elles entre les mains d’un homme totalement acquis à l’idée de progrès, ne permettront jamais le moindre développement moral de l’humanité. Seuls, des êtres humains exceptionnels et irréprochables suscitent des idées généreuses et des actions sublimes . Mais l’ argent pollue toute chose et dégrade inexorablement la personne humaine. Je ne peux comparer la générosité d’un Moïse , d’un Jésus ou d’un Gandhi et la générosité d’une quelconque fondation Carnegie.”
A cela s’ajoute que la répercussion de ses idées se fait profondément sentir dans le domaine de la philosophie, notamment en épistémologie.
Notons toutefois que les spéculations des savants n’obéissent pas en général à des considérations a priori et ne dérivent pas d’un monde subjectif. Les scientifiques se placent donc d’emblée dans la réalité, pratiquent des expériences afin de vérifier la justesse de leurs théories. Pourtant, pour certains d’entre eux, leurs découvertes renouvellent complètement l’interprétation de l’univers. C’est ainsi que nous pouvons remarquer, par exemple, l’importance de Copernic, Galilée et Newton en physique et constater également qu’ils ont nettement influencer la philosophie.
La théorie de la relativité d’Einstein a, de toute évidence, révolutionné la conception de l’univers physique. Brunschvicg affirmera à ce propos en 1922, dans son ouvrage intitulé de L’expérience humaine et la causalité physique :
“Il ne s’agit plus d’ajouter un dernier chapitre à un traité de physique contemporaine; il s’agira de récrire les premières pages du système du monde, en révisant jusque dans ses fondations l’architecture de l’édifice newtonien”.
Einstein dira également à ce sujet en 1949 dans ses Notes autobiographiques : “Newton, excuse-moi! La voie que tu as ouverte était la seule qu’un homme doué d’une intelligence brillante et d’un esprit créateur pouvait trouver à l’époque. Les concepts que tu as élaborés guident encore aujourd’hui nos raisonnements en physique, même si nous savons qu’il nous faut désormais les remplacer par d’autres concepts qui, plus éloignés de l’expérience directe, nous permettront seuls de parvenir à une compréhension plus profonde des relations entre les choses”
Ce qui importe, pour comprendre le cheminement d’Einstein, c’est de voir l’influence de la pensée philosophique dans sa démarche scientifique. De montrer que l’homme de science était aussi investi de ses devoirs. Il avait conscience de la nécessité pour le scientifique de protéger le monde de ses découvertes. A l’image de Rabelais qui affirmait que “science sans conscience n’est que ruine de l’âme,” les différentes réflexions d’Einstein nous montrent les préoccupations d’un homme, qui avait compris les possibles dangers de ses nobles découvertes, si des hommes les détournaient de leurs objectifs techniques ou scientifiques premiers.
Nous constatons alors que derrière le scientifique de géni se cache non pas un “fou”, un insouciant mais au contraire un partisan du pacifisme et d’un contrôle éthique puissant des expériences.
“La découverte des réactions atomiques en chaîne ne constitue pas pour l’humanité un danger plus grand que l’invention des allumettes. Mais nous devons tout entreprendre pour supprimer le mauvais usage du moyen. Dans l’état actuel de la technologie, seule une organisation supra-nationale peut nous protéger, si elle dispose d’un pouvoir exécutif suffisant. Quand nous aurons reconnu cette évidence, nous trouverons alors la force d’accomplir les sacrifices nécessaires pour la sauvegarde du genre humain .”
Nul doute que l’on puisse élargir le champ de la conscience scientifique à la recherche génétique et à la compréhension du vivant. Bien souvent, en effet, la conscience semble s’éveiller après avoir ouvert des voies nouvelles et suscité de nouveaux dangers. Une réflexion éthique s’impose donc !
L.V.V
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